(via tardinnis-has-a-new-blog)
(via iwantmybearsuit)
(via breakfastinliverpool)
(via tardinnis-has-a-new-blog)
“J’avais 19 ans et je m’appelais Sylvette David à l’époque. Mon petit ami Toby fabriquait des meubles et les exposait à la poterie Madoura: c’est là que Picasso m’a remarquée puisque lui-même y faisait cuire ses céramiques. Un jour, alors que nous étions avec des amis sur une terrasse voisine de son atelier, il a déployé une toile où il avait dessiné mon portrait de profil, avec ma queue-de-cheval. Nous sommes allés le voir: il nous a montré son travail, puis il m’a demandé de poser pour lui. Tout le monde était ahuri, moi la première. J’avais une amie très belle et c’est moi qu’il voulait. Pourquoi ? Il ne me l’a jamais expliqué. Toujours est-il que pendant trois mois, je me suis rendue à son atelier presque chaque jour, pour y passer plusieurs heures assise sur un rocking-chair.
[…]
Picasso travaillait dans le silence, en fumant et en m’observant de son bel oeil noir. Une fois dans la peinture, il oubliait tout, comme entièrement livré à son inspiration. Pas de conversation, pas de musique, pas de thé ni de café, juste ce regard posé sur moi. Le temps ne comptait pas. En revanche, quand il n’était pas en train de peindre, il me parlait beaucoup. Il me racontait son passé, m’expliquait son art, me donnait des conseils sur la vie et le bonheur.
C’est lui qui a révélé ma vocation: si je suis artiste, c’est grâce à lui.”
Lydia Corbett, aka Sylvette David, sur sa relation avec Picasso dans un entretien avec Grégoire Jeanmonod.
“Just that,” said the fox. “To me, you are still nothing more than a little boy who is just like a hundred thousand other little boys. And I have no need of you. And you, on your part, have no need of me. To you I am nothing more than a fox like a hundred thousand other foxes. But if you tame me, then we shall need each other. To me, you will be unique in all the world. To you, I shall be unique in all the world….”
— from The Little Prince (Pop-up Edition) by Antoine de Saint-Exupéry
*
AVAILABLE TOMORROW AT BOOKSACTUALLY !
(via booklover)
(via theotherway)
Tout autant que de ses membres, Albertine avait une conscience directe de sa toque de paille d’Italie et de l’écharpe de soie (qui n’étaient pas pour elle le siège de moindres sensations de bien-être), et recevait d’elles, tout en faisant le tour de l’église, un autre genre d’impulsion, traduite par un contentement inerte mais auquel je trouvais de la grâce; écharpe et toque qui n’étaient qu’une partie récente, adventice, de mon amie, mais qui m’était déjà chère et dont je suivais des yeux le sillage, le long du cyprès, dans l’air du soir. Elle-même ne pouvait le voir, mais se doutait que ces élégances faisaient bien, car elle me souriait tout en harmonisant le port de sa tête avec la coiffure qui la complétait: “Elle ne me plaît pas, elle est restaurée”, me dit-elle en me montrant l’église et se souvenant de ce qu’Elstir lui avait dit sur la précieuse, sur l’inimitable beauté des vieilles pierres. Albertine savait reconnaitre tout de suite une restauration. On ne pouvait que s’étonner de la sûreté de goût qu’elle avait déjà en architecture, au lieu du déplorable qu’elle gardait en musique. Pas plus qu’Elstir, je n’aimais cette église, c’est sans me faire plaisir que sa façade ensoleillée était venue se poser devant mes yeux, et je n’étais descendu la regarder que pour être agréable à Albertine. Et pourtant je trouvais que le grand impressionniste était en contradiction avec lui-même; pourquoi ce fétichisme attaché à la valeur architecturale objective, sans tenir compte de la transfiguration de l’église dans le couchant? “Non décidément, me dit Albertine, je ne l’aime pas; j’aime son nom d’Orgueilleuse. Mais ce qu’il faudra penser à demander à Brichot, c’est pourquoi Saint-Mars s’appelle le Vêtu. On ira la prochaine fois, n’est-ce pas?” me disait-elle en me regardant de ses yeux noirs sur lesquels sa toque était abaissée comme autrefois son petit polo. Son voile flottait. Je remontais en auto avec elle, heureux que nous dussions le lendemain aller ensemble à Saint-Mars, dont, par ces temps ardents où on ne pensait qu’au bain, les deux antiques clochers d’un rose saumon, aux tuiles en losange, légèrement infléchis et comme palpitants, avaient l’air de vieux poissons aigus, imbriques d’écailles, moussus et roux, qui, sans avoir l’air de bouger, s’élevaient dans une eau transparente et bleue. En quittant Marcouville, pour raccourcir, nous bifurquions à une croisée de chemins où il y a une ferme. Quelquefois Albertine y faisait arrêter et me demandait d’aller seul chercher, pour qu’elle pût le boire dans la voiture, du calvados ou du cidre, qu’on assurait n’être pas mousseux et par lequel nous étions tout arrosés. Nous étions pressés l’un contre l’autre. Les gens de la ferme apercevaient à peine Albertine dans la voiture fermée, je leur rendais les bouteilles; nous repartions, comme afin de continuer cette vie à nous deux, cette vie d’amants qu’ils pouvaient supposer que nous avions, et dont cet arrêt pour boire n’eût été qu’un moment insignifiant; supposition qui eût paru d’autant moins invraisemblable si on nous avait vus après qu’Albertine avait bu sa bouteille de cidre; elle semblait alors, en effet, ne plus pouvoir supporter entre elle et moi un intervalle qui d’habitude ne la gênait pas; sous sa jupe de toile ses jambes se serraient contre mes jambes, elle approchait de mes joues ses joues qui étaient devenues blêmes, chaudes et rouges aux pommettes, avec quelque chose d’ardent et de fané comme en ont les filles de faubourg. A ces moments-là, presque aussi vite que de personnalité elle changeait de voix, perdait la sienne pour en prendre une autre, enrouée, hardie, presque crapuleuse.
Sodome et Gomorrhe, Marcel Proust.
(via fantomas-en-cavale)